Le cancer de l’estomac résulte d’un enchaînement de mécanismes biologiques complexes, souvent silencieux à ses débuts. Certains facteurs de risque sont aujourd’hui bien identifiés, qu’ils soient infectieux, alimentaires, environnementaux ou héréditaires. Les connaître permet de renforcer les stratégies de prévention et de surveiller les populations les plus à risque, même si tous les cancers gastriques ne s’expliquent pas uniquement par ces éléments.
L’infection par Helicobacter pylori est l’un des facteurs de risque les mieux établis dans le développement du cancer gastrique. Cette bactérie colonise la muqueuse de l’estomac, parfois dès l’enfance, et provoque une inflammation chronique appelée gastrite. Sans traitement, cette inflammation peut évoluer vers une atrophie de la muqueuse, voire des lésions précancéreuses.
Un dépistage ciblé de Helicobacter pylori peut être proposé chez les personnes à risque, particulièrement en cas d’antécédents familiaux de cancer gastrique ou dans certaines zones géographiques à forte prévalence. Le dépistage de l’infection repose sur différents examens selon les profils des patients : un test respiratoire à l’urée, une analyse des selles, ou une gastroscopie avec prélèvement biopsie. En cas de positivité, un traitement médical est prescrit afin d’éradiquer la bactérie.
Les habitudes alimentaires influencent directement la santé de la muqueuse gastrique. Une consommation excessive de sel, d’aliments fumés, marinés, ou riches en nitrites favorise la dégradation de la paroi de l’estomac et augmente le risque de transformation cellulaire.
Ces produits, souvent issus de l’industrie agroalimentaire (charcuteries, conserves, plats préparés), peuvent produire des composés nitrosés cancérogènes au contact de l’acide gastrique. Ce processus est accentué en cas d’infection par Helicobacter pylori.
À l’inverse, une alimentation riche en fruits, légumes, fibres et antioxydants protège la muqueuse en limitant les agressions chroniques. Les vitamines C et A jouent un rôle de défense cellulaire en neutralisant les radicaux libres.
Le tabac est impliqué dans de nombreux cancers digestifs, y compris celui de l’estomac. Il augmente significativement le risque de lésions au niveau du cardia et agit en synergie avec d’autres facteurs, comme la présence d’Helicobacter pylori. La fumée de cigarette favorise l’inflammation chronique et altère les mécanismes de réparation de la muqueuse.
La consommation d’alcool, quant à elle, agit comme un irritant gastrique. Elle altère directement l’ADN des cellules de l’estomac et favorise la persistance d’une inflammation chronique. Ce risque est dit « dose-dépendant », mais même une consommation modérée sur le long terme peut avoir un impact.
Par ailleurs, l’association tabac-alcool multiplie les risques de survenue du cancer de l’estomac. L’arrêt de ces consommations représente une mesure de prévention efficace à tout stade du parcours de soin.
Dans certains cas, le cancer de l’estomac peut être favorisé par la présence d’antécédents familiaux. Il peut s’agir d’une simple accumulation de cas, ou d’un syndrome génétique clairement identifié, comme le cancer gastrique diffus héréditaire, lié à une mutation du gène CDH1. D’autres syndromes, comme le syndrome de Lynch ou la polypose adénomateuse familiale, augmentent aussi le risque.
Chez les patients porteurs de ces mutations, une surveillance renforcée est indispensable. Elle repose notamment sur une endoscopie digestive haute régulière à visée diagnostique, et parfois sur une intervention chirurgicale préventive dans les formes à haut risque.
Un antécédent de cancer gastrique chez un parent au premier degré justifie une vigilance accrue, même en l’absence de mutation connue.
Certaines pathologies chroniques de l’estomac peuvent favoriser l’apparition du cancer. La gastrite atrophique, le reflux gastro-œsophagien (RGO), l’anémie de Biermer ou la maladie de Ménétrier entraînent une altération progressive de la muqueuse et augmentent le risque de transformation maligne.
Par ailleurs, les patients ayant subi une intervention chirurgicale sur l’estomac, comme une gastrectomie partielle, présentent un risque accru de cancer gastrique, en particulier au niveau de la zone anastomosée. Ce risque apparaît souvent plusieurs années après l’intervention. Un suivi régulier par endoscopie permet de détecter précocement des lésions potentiellement cancéreuses dans ces contextes particuliers.
La prévention du cancer gastrique repose d’abord sur l’identification et la réduction des facteurs de risque qui sont évitables. Une alimentation variée, pauvre en produits transformés et en sel, riche en végétaux, fibres et antioxydants, est un levier accessible à tous.
Le dépistage ciblé de Helicobacter pylori, surtout chez les personnes à risque ou originaires de zones à forte incidence (Asie de l’Est, Europe de l’Est, Amérique latine), constitue une stratégie efficace pour réduire les formes évolutives.
Le sevrage tabagique, la réduction de la consommation d’alcool et une surveillance médicale adaptée complètent les mesures de prévention.
Les premiers symptômes du cancer de l’estomac sont souvent peu spécifiques et difficiles à repérer au début, car ils peuvent passer inaperçus ou être confondus avec des troubles digestifs courants.
L’absence de symptômes spécifiques rend le diagnostic difficile, ce qui renforce l’intérêt d’une approche proactive dans les populations exposées.
Néanmoins, le dépistage systématique du cancer gastrique dans la population générale n’est pas recommandé en France à ce jour. Il peut cependant être envisagé dans certains cas et contextes médicaux précis, après avis d’un spécialiste.