Aujourd’hui, certains vaccins permettent déjà de prévenir certains cancers, tandis que d’autres, encore en développement, cherchent à aider l’organisme à combattre une tumeur déjà présente.
Ce premier article (un prochain suivra sur les vaccins thérapeutiques) présente les dernières évolutions en lien avec les vaccins préventifs.
Les vaccins préventifs actuellement approuvés en France et utilisés dans la prévention de certains cancers ciblent les virus oncogènes, spécifiquement le papillomavirus humain (HPV) et le virus de l’hépatite B (VHB), qui représentent ensemble une part substantielle du fardeau mondial du cancer. Ces vaccins préviennent l’infection par des pathogènes cancérigènes et ont démontré une efficacité remarquable dans la réduction de l’incidence du cancer.
Les vaccins contre le HPV préviennent plusieurs types de cancer en ciblant les souches virales à haut risque. Le vaccin 9-valent (Gardasil 9) protège contre les types de HPV responsables d’environ 90% des cancers du col de l’utérus, ainsi que de proportions substantielles de cancers de la vulve, du vagin, cancer de l’anus, du pénis et de l’oropharynx. Les essais cliniques démontrent une efficacité >99% contre les maladies liées aux types de HPV ciblés par le vaccin lorsqu’il est administré avant l’exposition virale.
Les données au niveau populationnel montrent un impact spectaculaire dans le monde réel. La vaccination contre le HPV réduit la néoplasie intraépithéliale cervicale de grade 2 ou plus (CIN2+) de 70% chez les jeunes femmes âgées de 15 à 25 ans. Chez les femmes vaccinées avant l’âge de 17 ans, le risque de cancer invasif du col de l’utérus diminue de 88%. Les études de population montrent une réduction de 88% de la prévalence des infections par les types de HPV vaccinaux chez les adolescents âgés de 14 à 19 ans et de 81% chez ceux âgés de 20 à 24 ans dans les 12 ans suivant l’introduction du programme.
En France, la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande une vaccination de routine à partir de 11 ans, avec un rattrapage désormais recommandé jusqu’à 26 ans révolus chez les femmes et les hommes non vaccinés, y compris les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Depuis 2021, la vaccination est également recommandée pour les garçons.
Le schéma posologique comprend 2 doses pour ceux qui commencent la série avant l’âge de 15 ans, espacées de 5 à 13 mois, et 3 doses pour ceux qui commencent à 15 ans ou plus.
Les adolescents jeunes (9-14 ans) bénéficient le plus de la vaccination contre le HPV, avec une efficacité maximale lorsque le vaccin est administré avant l’exposition sexuelle. L’efficacité vaccinale diminue significativement avec l’âge : en Suède, l’efficacité contre les verrues génitales était de 93% chez les filles vaccinées entre 10 et 13 ans, comparée à 48% à 20-22 ans et 21% à 23-26 ans. Les études systématiques confirment que l’efficacité vaccinale chez les jeunes adolescents de 9-14 ans varie de 74% à 93%, contre seulement 12% à 90% chez les adolescents de 15-18 ans.
Certaines populations à risque élevé nécessitent une attention particulière :
Les vaccins contre le HPV présentent un excellent profil de sécurité. Les grandes méta-analyses ne montrent aucun risque accru d’événements indésirables graves par rapport aux groupes témoins (RR 0,99, IC 95% 0,94-1,04).[4] Les vaccins ne sont pas associés à des risques accrus de syndrome de tachycardie orthostatique posturale, de syndrome de fatigue chronique, de syndrome de Guillain-Barré, de paralysie, d’insuffisance ovarienne prématurée ou d’infertilité. Chez les femmes enceintes, il n’y a pas de risque accru de fausse couche ou d’interruption de grossesse.
Les effets secondaires les plus fréquents sont légers et transitoires, incluant des réactions au site d’injection (douleur, rougeur, gonflement), des céphalées, de la fatigue et des myalgies. Les syncopes (évanouissements) peuvent survenir après la vaccination, principalement chez les adolescents, et peuvent être prévenues en restant assis ou allongé pendant 15 minutes après l’injection.
La vaccination contre l’hépatite B (VHB) prévient le carcinome hépatocellulaire (CHC), la complication la plus mortelle de l’infection chronique par l’hépatite B. Les études à long terme de Taïwan, où la vaccination universelle des nourrissons a commencé en 1984, démontrent une réduction >60% d’occurrence du CHC chez les individus vaccinés de moins de 20 ans.
Un essai contrôlé randomisé de 37 ans en Chine a montré que la vaccination contre le VHB à la naissance offre une protection de 72% contre le développement du cancer du foie (IC 95%, 30-89%) et une protection de 70% contre les décès par cancer du foie (IC 95%, 23-88%).
Les études de population de Hong Kong démontrent que la vaccination universelle contre le VHB a considérablement réduit la prévalence de l’infection chronique par le VHB de 14,3% chez les personnes nées en 1970 à 6,7% chez celles nées en 1988.
En France, le calendrier vaccinal du ministère de la Santé recommande la vaccination contre le VHB pour tous les nourrissons (3 doses à 2, 4 et 11 mois), ainsi qu’une vaccination de rattrapage pour tous les adolescents non vaccinés jusqu’à 15 ans révolus. La vaccination est également recommandée pour les adultes à risque élevé, notamment les professionnels de santé, les personnes vivant avec le VIH, et les personnes en insuffisance rénale chronique. Les taux de séroconversion dépassent 90% chez les enfants mais diminuent avec l’âge pour atteindre environ 47% chez les personnes âgées de 50 à 60 ans avec les vaccins conventionnels. Les nouveaux vaccins adjuvantés démontrent des taux de séroprotection plus élevés chez les adultes plus âgés et les individus immunodéprimés. En pratique, si certains vaccins adjuvantés comme Heplisav-B existent au niveau international ou européen, leur disponibilité et leur place en routine en France doivent être précisées avec prudence.
La vaccination universelle des nourrissons est le moyen le plus efficace de prévenir l’infection chronique par le VHB, compte tenu du risque élevé de chronicité après l’infection pendant la petite enfance. En France, le schéma standard repose sur une administration à 2, 4 et 11 mois, tandis que la dose à la naissance concerne surtout certaines situations spécifiques à haut risque. Plus de 95% des nourrissons, enfants et jeunes adultes développent des niveaux protecteurs d’anticorps après une série primaire de trois doses.
D’autres groupes à risque élevé incluent :
Profil de sécurité et effets secondaires du vaccin contre l’hépatite B
Les vaccins contre l’hépatite B sont bien tolérés et très fiables. Les effets secondaires les plus fréquents sont légers et transitoires, incluant une douleur au site d’injection (rapportée par 13-29% des adultes et 3-9% des enfants), une fatigue (11-17% des adultes), des céphalées (9-16% des adultes), et une fièvre légère (1-6% des adultes et enfants).
Les réactions allergiques graves (anaphylaxie) sont extrêmement rares, survenant à une fréquence estimée d’environ 1 cas pour 1,1 million de doses administrées.
Les études n’ont pas démontré d’association causale entre la vaccination contre l’hépatite B et des maladies graves telles que le syndrome de Guillain-Barré, la sclérose en plaques, ou d’autres maladies démyélinisantes. La vaccination contre l’hépatite B pendant la grossesse n’a pas été associée à des effets indésirables sur le développement du fœtus.
Aucun vaccin contre le VEB n’est actuellement approuvé, bien que le VEB soit associé à plus de 200 000 nouveaux cas de cancer par an dans le monde, notamment le carcinome du nasopharynx, le lymphome de Hodgkin, le lymphome de Burkitt et le carcinome gastrique. Le seul essai de phase 2 d’un vaccin contre le VEB (gp350 soluble) a réduit l’incidence de la mononucléose infectieuse mais n’a pas empêché l’infection par le VEB.
Les avancées récentes incluent des vaccins à nanoparticules bivalentes ciblant plusieurs glycoprotéines du VEB (gH/gL, gp42 et gp350) qui induisent des anticorps neutralisants puissants et ont montré des résultats prometteurs dans des modèles précliniques, notamment chez la souris humanisée, vis-à-vis de l’infection par le VEB et du développement de lymphomes. Plusieurs plateformes vaccinales sont en développement préclinique et clinique précoce, notamment des vaccins à vecteurs viraux, à base de nanoparticules et à ARNm.
Bien qu’aucun vaccin ne soit actuellement disponible, les populations qui bénéficieraient le plus d’un vaccin prophylactique contre le VEB incluent les adolescents et jeunes adultes avant l’infection primaire, car plus de 90% de la population mondiale est infectée par le VEB à l’âge adulte. Les personnes immunodéprimées, y compris les receveurs de greffes d’organes et les personnes vivant avec le VIH, présentent un risque accru de lymphomes associés au VEB et bénéficieraient particulièrement d’une vaccination prophylactique ou thérapeutique. Les populations dans les régions endémiques pour le carcinome du nasopharynx (notamment en Asie du Sud-Est et en Chine du Sud) représentent une autre cible prioritaire.
Les agents infectieux représentent environ 16% des cancers dans le monde (22,9% dans les pays moins développés, 7,4% dans les pays plus développés). Les vaccins contre le HPV et le VHB ont ensemble le potentiel de prévenir environ 479 750 décès par cancer par an et 14,5 millions d’années de vie perdues, avec un impact économique dépassant 171 milliards de dollars dans le monde. Malgré ce potentiel, les taux de vaccination mondiaux restent sous-optimaux, environ 12% pour le HPV et 42% pour le VHB selon les estimations récentes.
Ce qu'il faut retenir: L'article sur les facteurs de risque et la prévention du cancer…