La radiothérapie stéréotaxique et le CyberKnife, une alternative à la chirurgie pour certains cancers pulmonaires précoces
Par le Dr Nathaniel Scher, oncologue-radiothérapeute.
En bref
Lorsqu’un cancer du poumon est diagnostiqué à un stade précoce, la chirurgie est souvent le premier traitement envisagé. Pourtant, la radiothérapie stéréotaxique constitue aujourd’hui une autre possibilité de traitement à visée curative, y compris chez certains patients qui pourraient être opérés.
Cette technique de haute précision permet de traiter une tumeur pulmonaire sans intervention chirurgicale, généralement en trois à cinq séances, avec des résultats particulièrement encourageants sur le contrôle local du cancer.
Plusieurs études scientifiques ont comparé ses résultats à ceux de la chirurgie. Si cette dernière reste le traitement de référence chez les patients opérables, les recommandations internationales, notamment celles du NCCN, reconnaissent la place de la stéréotaxie comme alternative à discuter dans certaines situations1.
La radiothérapie stéréotaxique, également appelée SBRT ou SABR, est une technique permettant de délivrer une dose élevée de rayonnements avec une grande précision sur une tumeur.
Contrairement à la radiothérapie conventionnelle, qui nécessite parfois plusieurs semaines de traitement, elle permet de concentrer la dose en un nombre limité de séances.
Le traitement est non chirurgical, habituellement réalisé sans anesthésie générale et en ambulatoire.
L’objectif est de détruire les cellules cancéreuses tout en limitant autant que possible l’irradiation des tissus pulmonaires sains et des organes voisins.
Pour un cancer pulmonaire non à petites cellules de stade I, deux stratégies locales à visée curative peuvent être discutées, l’intervention chirurgicale et la radiothérapie stéréotaxique.
La chirurgie permet de retirer la tumeur et d’analyser les tissus ainsi que les ganglions prélevés. Elle offre donc une connaissance plus précise de l’extension réelle de la maladie. Elle nécessite cependant une intervention, le plus souvent sous anesthésie générale, avec un risque de complications postopératoires et une possible réduction de la capacité respiratoire.
La radiothérapie stéréotaxique présente plusieurs avantages. Elle ne nécessite pas d’incision, préserve l’anatomie du poumon et permet un traitement court, généralement sans hospitalisation.
Elle évite également les risques directement liés à l’intervention chirurgicale et à l’anesthésie générale.
En revanche, elle ne permet pas l’analyse anatomopathologique de la tumeur et des ganglions comme lors d’une intervention, ce qui peut représenter une limite dans certaines situations.
Le choix dépend notamment de la taille et de la localisation de la tumeur, de l’âge, de l’état respiratoire, des autres maladies éventuelles et des préférences du patient.
Plusieurs études ont évalué les résultats de la stéréotaxie chez des patients présentant un cancer pulmonaire précoce, y compris lorsqu’une intervention chirurgicale était envisageable.
L’une des plus importantes est l’étude prospective STARS révisée, publiée dans The Lancet Oncology en 2021. Elle a étudié 80 patients opérables traités par radiothérapie stéréotaxique et comparé leurs résultats à ceux d’un groupe chirurgical comparable3.
Les résultats rapportaient une survie globale à cinq ans de 87 % après stéréotaxie contre 84 % dans le groupe chirurgical apparié, sans différence statistiquement significative.
Une analyse publiée en 2015, regroupant les essais STARS et ROSEL, avait également rapporté des résultats encourageants avec la stéréotaxie4.
Ces travaux suggèrent que la radiothérapie stéréotaxique peut obtenir d’excellents résultats chez certains patients opérables.
Toutefois, ces comparaisons comportent des limites méthodologiques, notamment des effectifs réduits ou l’absence de randomisation.
Par ailleurs, une étude britannique publiée en novembre 2026 dans le Journal of Clinical Oncology, portant sur plus de 12 000 patients, a retrouvé un avantage de survie globale en faveur de la chirurgie après ajustement statistique. Cette étude, non randomisée, confirme également l’intérêt de la stéréotaxie comme option curative, particulièrement chez certains patients âgés5.
À ce jour, la stéréotaxie ne peut donc pas être considérée comme démontrée équivalente à la chirurgie pour tous les patients opérables. Elle constitue néanmoins une alternative thérapeutique sérieuse, dont les bénéfices et les limites méritent d’être discutés.
Pour les petites tumeurs pulmonaires localisées, les études rapportent généralement des taux de contrôle local d’environ 85 à 95 % à deux ou trois ans, selon les caractéristiques des patients et des tumeurs6.
Le contrôle local signifie que la tumeur traitée ne présente pas de progression à cet endroit.
Ces résultats sont particulièrement intéressants pour un traitement réalisé sans intervention chirurgicale.
Il est néanmoins essentiel de distinguer le contrôle local de la survie globale. Celle-ci dépend également de l’état général, des maladies associées et du risque de récidive à distance.
Les recommandations européennes ESMO maintiennent la chirurgie comme traitement de référence des cancers pulmonaires précoces chez les patients opérables2.
Les recommandations américaines NCCN reconnaissent cependant que la radiothérapie stéréotaxique peut être présentée comme une option alternative dans le cadre d’une décision partagée, notamment lorsque le risque chirurgical est élevé ou que le patient ne souhaite pas être opéré après une information adaptée1.
La discussion ne doit donc pas se limiter à déterminer si un patient peut être opéré, mais aussi à évaluer quelle stratégie présente le meilleur rapport bénéfice-risque dans sa situation.
Cette décision doit être prise dans un cadre multidisciplinaire, associant notamment pneumologues, chirurgiens thoraciques, oncologues et oncologues-radiothérapeutes.
Le traitement des tumeurs pulmonaires présente une difficulté particulière, les lésions bougent avec la respiration.
Le CyberKnife est un système robotisé de radiothérapie stéréotaxique qui permet, dans certaines configurations, de suivre les mouvements de la cible pendant le traitement et d’adapter la délivrance des rayons.
Cette technologie peut être particulièrement intéressante pour certaines tumeurs mobiles ou situées à proximité d’organes sensibles.
D’autres accélérateurs modernes peuvent également réaliser des irradiations stéréotaxiques pulmonaires de haute précision.
Le choix du dispositif dépend de la localisation de la tumeur, de ses mouvements et des caractéristiques anatomiques du patient.
Aucune technologie ne peut être considérée comme systématiquement supérieure aux autres dans toutes les situations cliniques.
Avant toute radiothérapie stéréotaxique, un bilan précis est nécessaire, comprenant notamment les examens d’imagerie, l’évaluation respiratoire et, lorsque cela est possible, une confirmation diagnostique par biopsie.
Un scanner de préparation permet ensuite de localiser la tumeur et d’étudier ses mouvements pendant la respiration.
Les oncologues-radiothérapeutes, les physiciens médicaux et les dosimétristes préparent le traitement afin de délivrer une dose efficace sur la lésion tout en respectant les contraintes des organes voisins.
Le traitement est généralement réalisé en trois à cinq séances, parfois davantage pour les tumeurs proches de structures sensibles comme les bronches principales ou l’œsophage.
Les séances sont indolores et se déroulent habituellement en ambulatoire.
La radiothérapie stéréotaxique pulmonaire est généralement bien tolérée, mais elle peut entraîner des complications.
Les effets secondaires possibles comprennent une fatigue transitoire, une toux, une gêne thoracique ou une inflammation du poumon appelée pneumopathie radique.
Certaines tumeurs situées près des côtes peuvent également exposer à des douleurs de la paroi thoracique ou, plus rarement, à une fracture costale.
Des complications graves, parfois potentiellement mortelles, peuvent survenir, notamment en cas de maladie pulmonaire interstitielle préexistante ou de tumeur située au contact des grosses bronches, des gros vaisseaux ou de l’œsophage.
Une évaluation médicale et dosimétrique approfondie est donc indispensable avant le traitement.
Nos oncologues-radiothérapeutes disposent d’une activité importante en radiothérapie stéréotaxique, avec de nombreux traitements réalisés par CyberKnife, toutes indications confondues.
La prise en charge repose sur une collaboration entre oncologues-radiothérapeutes, physiciens médicaux, dosimétristes et manipulateurs en radiothérapie.
Cette expertise permet notamment de proposer une évaluation spécialisée des tumeurs pulmonaires complexes, mobiles avec la respiration, situées à proximité d’organes sensibles ou dans des régions précédemment irradiées.
Oui. Pour un cancer pulmonaire localisé, il peut être pertinent de discuter les différentes possibilités thérapeutiques avant de prendre une décision.
Une consultation d’oncologie-radiothérapie permet d’évaluer l’éligibilité à un traitement stéréotaxique et d’en présenter les bénéfices, les limites et les risques, en comparaison avec les autres stratégies envisageables (voir aussi notre article sur le deuxième avis pour un cancer du poumon).
L’objectif est de permettre à chaque patient de bénéficier du traitement le plus adapté à sa situation, après une information complète et une décision médicale partagée.
Article destiné à l’information des patients. Le choix d’un traitement nécessite une évaluation multidisciplinaire individualisée. Mis à jour en novembre 2026.